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Parole à Louis Combes 7° Dan

CULTURE ? PATRIMOINE ?
« Le plus grand des ennuis c’est d’exister sans vivre » disait Victor Hugo.
On serait tenté de reprendre ce concept à propos de Judo et d’affirmer « le plus grand des contresens serait de ne voir dans le Judo qu’une de ses facettes. »
Soit uniquement l’aspect éducatif, soit seulement les résultats sportifs. Le Judo doit être considéré comme Ecole de la véracité et de la recherche de certitudes. L’étudier doit conduire à découvrir et admettre ses propres limites.
Afin d’y parvenir il est essentiel de le pratiquer sans restriction puis d’affronter les autres pour savoir ce dont on est capable.
Son fondateur disait que l’essentiel était de faire le mieux mais que ne voir que la médaille était indigne du Judo.
Certains ont des dons pour devenir les meilleurs mais tous ont le devoir de donner le meilleur.
Si l’on admet ce raisonnement il devient essentiel de réfléchir quelques instants sur le sens des termes afin de mieux éclairer l’évidence du Judo, sans polémiquer sur la sémantique.
Certes tout pratiquant connaît le nom des techniques en japonais, sait saluer et accorde, à tort, à ce geste la signification d’un « bonjour », peut parler de tatamis et voire même de Dojo, chacun sait même que les ceintures symbolisent des grades.
Autant d’éléments, plus quelques détails, qui constituent un éveil vers « la Culture/Judo ».
Qu’est ce que la Culture asiatique, européenne, africaine ?
Le fait d’avoir vu le jour dans un Continent, de parents autochtones et de recevoir, passivement, une instruction et une éducation conventionnelle que l’on suit ou non..
A la Culture peut se surajouter la notion de Patrimoine.
Le patrimoine est défini comme étant l’ensemble des biens hérités des prédécesseurs, le plus souvent des parents.
Seuls les membres de la famille héritent de ces richesses.
S’y ajoutent en plus, les biens que l’on a su amasser : « il s’est constitué un beau patrimoine ».
Or tout le monde n’est pas obligé de pratiquer le Judo mais ceux qui le font doivent être conscients de recevoir un héritage et d’avoir à le faire fructifier afin de le retransmettre à leur tour.
Qui dit ‘bien’ dit richesse.
Ceux qui nous ont aidés à comprendre le Judo nous ont effectivement légué une richesse que nous n’avons pas le droit de dilapider.
Certains risquent de le faire sans être lucides de la valeur de ce qu’ils ont reçu. Trop souvent ce n’est pas de leur faute mais de celle de celui qui leur a passé le flambeau sans avoir su l’allumer.
En quoi consisterait cette richesse ? Réfléchissons ensemble :
Toutes les autres spécialités sportives sont nées de jeux.
Le principe même des jeux consiste à opposer, d’emblée, deux individus ou deux équipes afin de déterminer le gagnant.
L’autre n’est jamais qu’un ‘faire valoir’, celui que l’on veut surpasser. L’un gagne, l’autre perd.
Des règles sont établies : l’arbitrage, afin que le résultat soit obtenu en appliquant un code.
Ces règles ne sont jamais que techniques et non comportementales : le foot-ball n’accepte pas l’usage des mains, le nageur en brasse doit toucher le mûr des deux mains au virage, le boxeur ne doit pas frapper au-dessous de la ceinture …. De fait d’un jeu arbitré on détermine le meilleur et par là on a créé un Sport.
Du moment où l’âge ou la blessure surviennent on « a été » mais la vie continue avec seulement des souvenirs !
Le Judo est riche parce qu’il commence par une éducation comportementale tout en forgeant un physique, (qui ne demande pas de prédisposition particulière) pour parvenir à une technicité et aboutir à un sport d’opposition.
Notre cheminement est totalement différent.
Ne pas allumer le flambeau consisterait donc à proposer prématurément une découverte en commençant par l’opposition.
Les premiers pas ne peuvent être envisagés qu’en collaboration avec ‘l’autre’. C’est ensemble que l’on découvre la technique.
Cette démarche induit la prise de conscience de l’importance d’autrui : l’homme n’est que dans la mesure où il peut se sentir maillon de la chaîne qui constitue sa société.
Une autre de nos richesses consiste, pour le pratiquant, à vouloir quantifier et qualifier les progrès réalisés dans les trois domaines du grade : SHIN ou esprit de combat de soi sur soi, GUI ou connaissance et efficacité technique, TAÏ ou valeur physique.
Autant de compétences acquises, reconnues par nos pairs, seuls habilités à les authentifier par des grades.
Ces trois composantes ne doivent jamais être dissociées car l’une sans les deux autres reviendrait à avoir un corps sans tête ou à philosopher sans recherche de vérité.
La réalité du Judo est basée sur des fondations précises : l’entraide conduisant à l’enrichissement ou prospérité mutuelle et le devoir d’utiliser au mieux les énergies intellectuelles, physiques et techniques.
En un mot l’efficacité qui ne peut être générée que par la quantité et la qualité de travail.
« Le Zen enseigne qu’il ne doit pas y avoir de distance entre la pensée et l’action. ».
L’efficacité en Judo réside dans la rapidité d’action : analyse de situation et réponse adéquate réflexe.
Le but suprême consistant à extrapoler ce mode de faire à toutes les situations de la vie en société.
On arrive à déclencher ainsi une soif d’apprendre et le Judo est tellement vaste que l’âge venant ou la blessure étant là, si le championnat n’est plus d’actualité la pratique persiste, seule la forme diffère. C’est ainsi qu’au cours d’une vie de judoka on pourrait dégager plusieurs étapes :
- le Judo ‘avec l’autre’ chacun ayant un rôle primordial.
On ne « fait pas du Judo mais on fait le Judo », alors que l’on fait du ski ou de l’aviron ou, ou…
- le Judo ‘par l’autre’, c’est le moment du RANDORI au cours duquel on essaye ses techniques en ne cherchant qu’à faire mieux que l’autre et sans entraver ses tentatives.
Seules la technique et le physique parlent.
- le Judo ’contre’ l’autre, moment où on cherche à se situer dans une hiérarchie.
C’est le temps du SHIAÏ au cours duquel s’ajoute la tactique, puisque l’arbitrage s’impose.
- enfin le Judo pour les ‘autres’ puisqu’il n’est pas concevable de garder pour soi ce que le Judo nous a apporté.